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Tuesday, 16 May 2017

Le Signe du lion

Dès le mois de mai, le Musée Claude Monet à Giverny ouvrait ses portes au public.
1989, ma très bonne amie, du même village que Yolande Moreau, me proposait de la rejoindre le week-end en cuisine dans une crêperie-hôtel en face du musée. Le proprio qu’on appelait Papy B (un célibataire quadra-quinquagénaire bourlingueur ayant côtoyé des stars du cinoche et de la musique) m’offrait du cash in hand après chaque service. Tout me convenait. Seules deux femmes (une en cuisine et une en salle) étaient déclarées : une ex nonne et une femme d’ouvrier au chômage.
Parfois le rendement était si intense que ma best pote et moi n’avions pas le temps de fumer un spliff. La nonne trouvait que nos cigarettes sentaient bon… Nous nous étions bien gardées de lui dire la raison de cette senteur exotique.
Un matin, alors que nous préparions les ingrédients pour les crêpes entre deux pétards, dans le jardin surplombant les jardins de l’impressionniste, on entendait les petits cris de notre femme de Dieu. Son visage horrifié venait d’atterrir dans la cuisine telle une sculpture de Medusa ! Elle s’occupait également de faire les chambres et venait de découvrir avec stupeur le miroir-vitrine dans la chambre de Papy B… juxtaposant une chambre qu’il réservait toujours à de jeunes couples.
Stone comme nous l’étions et connaissant l’énergumène… on s’était imaginé le papy se masturbant dans le noir face au miroir. Aucune de nous deux pour relever l’état intellectuel de l’autre… un fou rire abdominale interminable ! Un peu le même délire que le « Trois curés et un enterrement » de Jean Lassalle, mais en plus dynamique. Ce n’était pas juste sa façon de s’exprimer et sa mine catastrophée qui rendaient le ‘sketch’ de la nonne hilarant… Papy B avait fait son apparition, dans son dos, en cuisine pour déposer les courses… incognito.
XY était un peu l’homme à tout faire et dormait clandestinement au grenier. Comme moi, il était né un 12 août de la même année… 10 ans pile poil les ainés de la fille du boss. Avant lui, seule la chienne de ma grand-mère agricultrice, Princesse, avait été ma jumelle.
Il était en cavale et ne sortait pas de l’hôtel. Un jour pourtant, je l’emmenais dans ‘ma’ 2 CV sur les routes de campagne tout en écoutant une K7 de Siouxsie & The Banshees. On s’était assis sur une butte dominant la Seine. Une question me chatouillait la matière grise : à quelle heure était-il né en ce jour du 12 août ? J’étais dans ma période ‘les astres et leurs significations’. 12 heures nous séparaient.
En août, je suis partie au Maroc en stop pour fêter mon anniversaire et quelques semaines plus tard, j’en suis revenue. Au moment de franchir la porte, le téléphone sonnait. Pouvais-je être Au-Pair à Londres dès la semaine suivante ? Je prenais la doche pour avertir Papy B que je ne terminerais pas la saison et faire mes adieux à une équipe de choc. XY avait décidé de se rendre quelques jours après notre anniversaire. J’avais trouvé ça vraiment trop con. Il aurait pu attendre la fin de l’été pour profiter encore du ciel bleu, du soleil, des paysages, des crêpes et des pétards.

Après avoir écrit mon papier sur les pyramides andines, égyptiennes (et de ‘l’éducation parentale’), Emmanuel Macron décidait de célébrer la fin de sa campagne présidentielle et potentiellement sa victoire à la pyramide du Louvre. C’est donc sans grande angoisse pour la France que j’attendais les résultats.
The Riot Club de Lone Scherfig, un film décadent à l’Oxford University sur l’élite d’une jeunesse estudiantine privilégiée avec sa mini cohorte Etonienne me ferait patienter jusqu'à 7pm GMT.
Malgré son parti pris trop apparent et par conséquent sa prévisibilité ici et là, la lumière et la photographie de cette location austère illumine cet opus singeant le Bullingdon Club dont l’ex Premier Ministre anglais David Cameron appartenait.
Une bande de racaille aristocrate exclusivement masculine cherche à faire perdurer une tradition datant du XVIIIème siècle à l’honneur de l’hédoniste et libertin Lord Ryot. Non seulement tous les gentlemen des années 10 de ce troisième millenium n’adhéreront pas aux délires des happy few les plus hard-core, mais leurs désirs se verront également mis au défi par les petites gens qu’ils méprisent : la prostituée refusant d’être sous la table ou encore le rôti multi-volaille… Après un grand final dramatique, un avocat quadragénaire, lui-même ex membre du club fermé, offrira plus que le meilleur avocat … un futur !

Etonnamment (ou peut-être pas), ce film me renvoyait au FN, au « combat » de Marine Le Pen et ses ouailles ! La fille de, dont j’apprenais avec stupéfaction la semaine précédente lors d’une chronique Q comme kiosque qu’elle aussi était lion, veut non seulement défendre les traditions d’une France blanche, mais décide des journalistes pouvant assister aux meetings FN. Certains médias comme Mediapart ou Quotidien sont systématiquement blacklistés dans un pays où on se glorifie de la liberté de la presse / parole. A quel titre peut-on bannir la presse de faire leur travail de reporters ? Si ces deux médias sont accrédités dans des salons (Auto, Agriculture etc.) où le FN passe pour faire sa promo, ils sont régulièrement frappés ou sortis par des agents de la sécurité (proche du FN ?).
Un procès pour coups et blessures, c’est non seulement de l’argent, mais du temps et de l’énergie. Ne vaut-il pas mieux qu’ils se concentrent à faire du reportage ? Peut-être le FN se sent-il au dessus des lois avec un coup de « non » par email, mais sournoisement « si tu viens, on te fait la peau » ?
Pourquoi les autres médias ne se sont-ils pas solidarisés plus tôt et pourquoi un parti politique ne peut-il pas être sanctionné s’il n’accueille pas toute la presse ? – à condition que la demande d’accréditation soit demandée à temps of course !
Les hommes et les femmes politiques savent-ils que les journalistes sont des gens qui posent les questions que le peuple se pose ? Que les journalistes sont des éclaireurs, des intermédiaires, des traducteurs ou encore des débroussailleurs ?
Ce manque de respect est abject et j’ai encore en tête cette altercation d’agressivité passive de Jean-Luc Mélenchon face à Vanessa Burggraf pour ONPC. Question légitime à laquelle JLM a préféré jouer au coq plutôt que de répondre décemment pour que nous, spectateurs et électeurs puissions comprendre et éventuellement voter pour lui.
De politique houleuse, plus jeune, je me souviens du « Mais c’est un scandale ! » de Georges Marchais. Je l’adorais en silence. Il avait non seulement ce pouvoir de rendre mon père furieux devant la TV, mais c’est surtout sa passion qui me le rendait sympathique.
[Du coup, dans 20 ou 30 ans, les mineurs aujourd’hui se souviendront sans doute de cette séquence ultra gênante d’ « extra terrestres » de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron… Quelle motivation politique !]
En voyant des journalistes se prendre des coups de sac, se faire trainer comme des malpropres ou se faire casser leur matos de travail… ça ne me rend pas particulièrement fière d’être Française à l’étranger. Je dis quoi aux gens ? Que c’est l’évolution de la liberté d’expression ?

Quand un service de presse, qu’il soit politique ou culturel (coucou Beggars Banquet, BFI, Soda Pictures (AKA Thunderbird Releasing), New Wave Films, AR/PR etc) choisit ses journalistes, c’est qu’on entre doucement dans une ère de fermeture !

La semaine dernière, j’étais invitée à l’ouverture presse de l’expo Giacometti à la Tate Modern. Dans la troisième pièce, une vitrine de livres, journaux et documents ouvraient leurs pages. Extrait du Document 4 (1929, journal) : « Nous vivons à l’époque de toutes manières très lourde, et le fétichisme qui, comme au temps les plus anciens, reste à la base de notre existence humaine ne trouve que bien rarement l’occasion de se satisfaire sous une forme non déguisée. Adorateurs des maigres fantômes que sont nos impératifs moraux, logiques et sociaux, nous nous accrochons ainsi à un fétichisme transposé, faux semblant de celui qui profondément nous anime, et ce mauvais fétichisme, absorbe la plus grande part de notre activité, ne laissant presque pas de place au fétichisme véritable, le seul qui vaille vraiment la peine parce que tout à fait conscient de lui-même et ne reposant par conséquent sur aucune duperie… de ce vrai fétichisme, c'est-à-dire l’amour – réellement amoureux – de nous mêmes, projeté du dedans au dehors et revêtu d’une carapace solide qui l’emprisonne entre les limites d’une chose précise… » Giacometti.


Le Signe du Lion d’Eric Rohmer produit par Claude Chabrol en 1959… je ne l’ai pas encore vu, mais en route pour remédier à cette carence ! 

Sybille Castelain  sybillecastelain@yahoo.co.uk   

Thursday, 4 May 2017

Un tramway nommé culture

Mise à jour en rose

C’était l’été 2006, nous venions de passer Noël et Nouvel An sur une petite plage de surfers. Et comme les vacances se prolongeaient, on a continué notre road trip sur la côte Pacifique. Celle qui mène, par la Panamericana Norte, jusqu’en Equateur.
J’avais rencontré « la haute » liménienne  dans un cercle d’artistes d’art contemporain et ils m’avaient parlée de la Cité Sacrée de Caral, dans la vallée de Supe.
Nous avons donc longé la côte sur 150km en partant de mon appart’ du quartier de Barranco à Lima, dans leur 4x4 blindé (à cause des enlèvements).
Le Pacifique à gauche, le désert à droite, une chaleur supportable grâce aux fenêtres ouvertes (je n’aime pas la clim’ en voiture) et la musique des 80’s qui rompait ce voyage hypnotique. Parfois, j’imposais les sons électro/hip hop du label Ninja Tune.
Nous avons ensuite bifurqué sur la droite pour rejoindre une route caillouteuse et chaotique pendant une dizaine de kilomètres. J’allais rencontrer cette femme, Ruth Shady, que j’admirais déjà. Elle s’était battue dans un milieu d’hommes paternalistes pour être la cheffe du projet archéologique de ces pyramides vieilles de 5000 ans, faisant du site la plus ancienne cité d’Amérique.
A peu près à la même période, à quelques milliers de kilomètres de ce désert de la province de Barranca, s’élevaient les pyramides d’Egypte. Le troublant est l’émergence d’une métropole complexe et élaborée d’où l’équipe d’excavation déterrait des objets artisanaux ou encore des cornettos et des flûtes en os de lama et de chevreuil, voire de condor
Aucune trace d’arme pour se défendre, ni aucune bataille, ni aucun corps mutilé n’a été retrouvé sur ce lieu, reconnu depuis 2009 par l’Unesco, que j’identifie comme la première civilisation hippie !

Son conte gratiné d’humour noir était drôlement grinçant, mais il me chagrinait aussi :
« … Dès sa naissance, elle [Marine] a été bercée et conditionnée par les idées de son papa… vous imaginez grandir chez les Le Pen, l’ambiance autour de la table, les dérapages racistes et antisémites… l’immigration comparée au SIDA… vous imaginez les séquelles ! »
Peut-être Stéphane Guillon a-t-il eu la chance de grandir dans un milieu ouvert et tolérant, mais si les chiens ne font pas des chats, il ne faut pas non plus nous mettre tous dans un même sac et nous condamner à la noyade dès la naissance !

Chez moi par exemple, des dérapages y’en a eu… souvent… malheureusement. Sauf que j’ai eu cette grande chance d’avoir partiellement grandi en Afrique et d’avoir eu des profs et amis au collège et au lycée qui m’ont appris, fait lire, invité à penser. Comme beaucoup de mes camarades élevés dans un milieu d’intolérance, nous nous sommes battus pour nous déprogrammer et pour la plupart d’entre nous, il a fallu arracher le cordon ombilical avec nos dents et cesser toute mauvaise fréquentation. On en prend pour 18 ans au départ !
Pour mes géniteurs, la culture (les galeries, les films et livres ‘compliqués’, la musique de sauvage) était pour la racaille de gauche. Elle m’était difficilement accessible, alors tout se faisait clandestinement.

Ces gens qui ont une vision de la culture et de l’art si retreinte, savent-ils que ce sont pourtant les dernières choses qu’on laisse quand on quitte ce monde ? Ces choses qu’on déterre des centaines ou des milliers d’années après la disparition d’une époque ! Que trouveront les futures générations dans nos sols ? Quelle mémoire laisserons-nous pour témoigner de notre temps… si Marine passe ? Marine, comme chez les aristos… où le nom de famille s’efface !

Comme Stéphane Guillon, même si je ne vis plus en France depuis bien longtemps, je suis inquiète parce que le « fascisme light… c’est comme les produits lightencore plus nocifs que les autres ».

Ce matin, je me suis dit que j’essaierais de voir le débat qui a eu lieu hier soir dans cette république encore démocratique. Ce fameux débat politique de l’entre-deux tours, des deux candidats restant. En attendant, j’ai lu les tweets, une frénésie de tweets et ai vu quelques extraits de ce combat de coqs.
Je crois bien que la mère Marine était sous coke vindiou ! Du coup, je n’ai pas cherché à en (sa)voir plus. J’espère simplement que les bus affrétés à la sortie du spectacle de l’humoriste Guillon serviront à ramener les gens à capacité réduite chez eux. Eux, ces grands absents des programmes… comme la culture et l’art d’ailleurs !

Sybille Castelain sybillecastelain@yahoo.co.uk

Documentaire plutôt réussi #LesCoulissesDuneVictoire sur Emmanuel Macron diffusé sur TF1 le lendemain de sa victoire 

Quand le monde s’inquiète de la France et qu’il est content que le pays du siècle (et des frères) Lumière(s) conserve tant bien que mal sa réputation d’ouverture sur les autres !


 © Sybille Castelain
the day after the French election

Post-Scriptum : pour se souvenir, en haut de ma rue, des panneaux…

 © Sybille Castelain
© Sybille Castelain