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Friday, 10 March 2017

Chère Christiane Taubira,

Depuis des années, je vous écris. Jamais je ne vous ai envoyée ma prose.
Une « complicité » entre vous et moi s’est instaurée, à votre insu, « grâce » à Steevy Gustave

Et puis, après l’affaire Pierre Siankowski des Inrocks et sa couv’ avec vous, Mehdi Meklat et Badrou, je voulais vous répondre pour de vrai pour avoir vu passer un twit via Edwy Plenel (j’ai vu de la lumière par la fenêtre twitesque d’Edwy, j’ai cliqué et me suis incrustée) : @edwyplenel  Feb 20 - « Impeccable réaction de @ChTaubira à propos de @mehdi_meklat. Rien à redire, tout est juste et ferme. @LeBondyBlog @mediapart » ; en photo, votre texte posté sur FB réagissant aux propos de Mehdi.

En un temps éclair, quelque part dans la journée du 20 février, je découvrais l’existence du Bondi Blog, des deux garçons, des propos nauséabonds de Meklat, de l’édito mensonger et paternaliste de Siankowski… la saga !

[Un peu comme l’autre jour, j’ai croisé ma voisine, dans cette brume londonienne, avec un landau (si un landau vintage un peu pourri et rouillé) et un bébé dormant dedans. En deux minutes, j’apprenais qu’elle avait accouché trois semaines plus tôt après avoir été enceinte pendant neuf mois. Une voisine que je croise trois fois par semaine… je me vante pourtant d’avoir un sens de l’observation plutôt aiguisé. J’imagine que les femmes enceintes et les bébés font parti d’un paysage si abstrait que mon champs de vision ne les perçoit pas]

Alors que votre phrase « … La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir… » me dérangeait profondément – j’ai malheureusement travaillé pour ce magazine – le 27 février, je regardais avec stupéfaction et colère l’intervention de Steevy à Salut Les Terriens !


Un an après l’abolition de la peine de mort et le bourgeonnement des FM grâce à l’oncle Mitterrand, je me retrouvais en 3è à Djibouti, en classe avec un des frères de Steevy, lui-même en 5è avec mon frère.
Nous étions des enfants de militaires comme la plupart. Enfants de sous-officiers plus précisément puisque l’armée impose cette hiérarchie.

Cinq ans après son indépendance, cette terre de la corne de l’Afrique, flirtant avec l’équateur et que je qualifiais de « perchée sur un volcan satanique entouré d’un lagon et d’îles paradisiaques », accueillait notre adolescence insouciante sur un bateau ivre.

C’était sur un air de Hotel California des Eagles que nous nous sommes embrassés Thierry et moi. Thierry, le grand frère en 1ère. Je passais alors beaucoup de temps chez les Gustave, ce couple Martiniquais de cinq enfants.
Pendant les heures de sieste, je me sauvais de chez moi, proche du club hippique et rejoignais clandestinement mon amoureux à Boulaos. J’y rencontrais ses amis du lycée ou naturellement Manu Dibango. Parfois nous allions sur les iles Mucha ou Mascali, à la plage sauvage des Kékés (arbre épineux) ou à la plage militaire. Thierry me parlait souvent de la condition des Noirs, du racisme, de la difficulté d’être autre que Blanc dans un monde de Blancs. Papa Gustave veillait à ce que nous ne nous retrouvions jamais seuls… « Pas de bêtises » nous disait-il.
L’année se passait dans un environnement principalement militaire, mais hors caserne, où l’alcool y coulait à flot dans ce pays musulman, qui rendait nos pères parfois violents.
Il y eut aussi des rencontres avec des ados Djiboutiennes qui m’éveillaient sur leurs conditions de jeunes femmes cousues et amputées du clitoris…
Mon dernier été, exténuant comme d’habitude, se déroulait sous une chaleur à faire fondre les cannettes de Coca, entre les hurlements nocturnes des hyènes, les tempêtes de Khamsin et les invasions de criquets du désert, ces vampires longs de 10 cm qui faisaient de Les Oiseaux d’Hitchcock une « berceuse visuelle » pour enfants pas sages !

Après quelques jours (quelques semaines ?) en France, alors que l’année scolaire avait juste commencé, je recevais un appel de mon oncle de l’ambassade française de Djibouti. Papa Gustave venait de mourir.
Pendant mon séjour là-bas, il y a eu beaucoup de morts. Surtout des légionnaires et puis des militaires ou des civils. Par accident de moto, d’hélices d’hélicoptères, règlements de comptes entre légionnaires, la chaleur, l’alcool, la drogue, la fête ou plus rarement par morsures de requins ou de barracudas, …
J’avais beau tout remué pour bien comprendre, c’était l’incompréhension. Une mort bête. Comme d’habitude, la communauté militaire s’était organisée pour que les familles prennent un enfant chez soi et entourer la mère pour les cartons, les papiers, le départ, le rapatriement…
Dans ma tête d’ado, j’avais imaginé cette famille orpheline de père retrouvant leur mère à l’aéroport et un cercueil. Neuf heures de vol pour Paris.

Pour Thierry et sa sœur, c’était l’année du Bac, mon camarade de classe entrait au lycée, Steevy restait au collège et la petite continuait sa primaire. J’étais allée les voir à Brétigny, enfin Thierry. Nous nous sommes vus plusieurs fois jusqu’en 87 ou 88 ou 89. Je ne sais plus.
La dernière fois, il me raccompagnait au train à St Lazare, je retournais en Normandie. Il n’approuvait pas ma dégaine de mini Punk mais il savait qui j’étais, nous avions gardé un lien amical assez fort et pourtant jamais dans nos discussions nous avions parlé de son père. Dans la gare, les flics se dirigeaient sur nous et je lui glissais « C’est pour moi, ma dégaine ». Il avait souri et avait dit « Non, c’est ma tournée, je suis Noir ».
Quand ils lui ont demandé ses papiers, j’ai aussi sorti les miens. Les flics m’avaient fait signe que ce n’était pas la peine et j’avais dit que moi aussi j’étais Noire, mais que ça se voyait moins ! Quand ils ont voulu jouer aux malins, ils ont pris mes papiers et se sont calmés en voyant une carte d’ambassade française du Maroc. Oui, mon père et j’avais souri. Quant à Thierry, ils lui ont vite redonné ses papiers. Je crois qu’il était écrit pupille de la Nation. Ou peut-être m’avait-il dit « Je suis pupille de la Nation et on m’arrête parce que je suis Noir ». On avait couru et perchée à la porte du wagon, j’avais dit « Ah tu es pupille de la Nation ? C’est bien !» et les portes se sont refermées.

C’est très con Christiane de quitter quelqu’un sur « C’est bien », sur « Ah tu es pupille de la Nation ? C‘est bien ». Ҫa fait genre « tant mieux » ou « well done you » ou « Félicitations ». Ce côté… j’approuve alors que ça ne me regardait pas. Ce côté, tant mieux pour ta mère, elle s’est retrouvée seule avec quatre ados, ça n’a pas dû être facile. Je n’avais aucune opinion pertinente sur le sujet, juste des mots pour combler la gêne.

Le paysage enfilait ses perles d’arbres et de maisons pendant que Michel Jonasz égrenait religieusement La Fabuleuse Histoire de Mister Swing dans mon walkman. Pupille de la Nation… C’est bien… sonnette de départ… portes qui se ferment. C’est décidément con de se quitter comme ça !
Dans mes vagues souvenirs somnolant, je connaissais ce terme. Il me semble que mon père était aussi pupille de la Nation et dans ces sombres souvenirs, je crois que sa mère s’était battue pour que ses enfants aient ce statut (est-ce un statut ?) parce que son mari était mort à cause de la guerre mais pas tout de suite. Elle était veuve de guerre, mais là aussi je crois que ça n’avait pas été automatique.

On a dû, Thierry et moi, se parler quelques fois au téléphone et puis quand j’ai travaillé aux Inrocks (Rue d’Alésia dans le 14è), je coupais petit à petit les ponts avec mes vrais amis. Certains m’ont dit récemment qu’ils s’étaient sentis snobés. Non, j’y étais si malheureuse, isolée, près des chiottes (c’est pratique, une fille qui a ses règles, ça pue… merci Jean-Daniel Beauvallet !), humiliée en permanence, traitée comme une fille de Nazi, comme une fille virée de toutes les écoles ou menteuse – mon père avait eu un accident et avait été admis dans un autre hôpital, JD avait fait des recherches à l’hôpital de Vernon et comme il n’y était pas, il avait dit que je mentais… je venais juste d’arriver aux Inrock ! - et subissant le harcèlement sexuel de l’ami de JD !
Je ne snobais pas mes amis, je n’avais pas envie de leur dire que tout allait bien et je ne voulais pas non plus dire ce que j’y subissais. J’avais honte de mon silence, moi la grande gueule ! Le plus simple était de restreindre mon cercle.

En 92, je démissionnais des Inrocks après une année de calvaire et partais habiter à Londres.
En 2005, je partais en Amérique Latine pour trois ans et c’est à mon retour en Europe qu’un de mes amis anglais me suggérait de m’inscrire sur FB. Un des premiers noms à apparaitre était mon camarade de classe de 3e, le frère de Steevy.

On s’est vus à Paris et puis un soir de 2009, il m’a invitée à diner chez ses voisins. C’était dans la Rue d’Alésia, non loin des Inrocks de l’époque. Parmi le groupe d’amis, l’une d’eux me demande ce que j’avais fait à Londres. Je lui parle de mon travail dans une fac du sud ouest de Londres. Elle me dit qu’elle y a étudié la calligraphie. Sûre de moi, je lui indique le nom du bâtiment et le nom de la fac. Elle avait trouvé l’endroit fabuleux et le cours excellent, mais pensait que la fac d’art était d’une ambiance exécrable. Elle avait été « traumatisée » par un événement douteux : un prof au physique de Sarkozy avait verbalement agressé dans un coin une collègue.
J’avais été tellement choquée de cette agression que je n’avais vu personne passer. Ce jour-là, je décidais de me plaindre à mon supérieur… mais je n’avais pas de témoin !
L’année correspondait bien mais sans elle, je me suis embarquée dans une procédure interne de deux ans que j’ai gagnée.

C’est étrange ces coïncidences qui vous révèlent les points d’un dessin qui se raccordent alors qu’autour de vous, on vous fait passer pour une hallucinée…

A l’été 2009 ou 2010, Thierry rentrait des Etats Unis et nous avons déjeuné vers Saint Michel. Pour la première fois, il m’a parlée de son père. Je ne lui ai jamais dit que j’avais su comment il était mort. Personne ne savait d’ailleurs que mon oncle était à l’ambassade de France de Djibouti à cette période. Sans poser de questions, il m’en a dit un peu plus de cette tragédie et de son besoin de s’éloigner de la France. Comme j’espérais rencontrer Steevy, je lui demandais s’il savait toute l’histoire pour ne pas gaffer. Tous savaient. Il pensait que Steevy m’aiderait certainement dans ma recherche d’emploi puisque j’étais dans le milieu culturel, en ajoutant qu’il était très occupé.
Madame Taubira, je vais vous épargner l’humiliation et les agressions qu’il s’est permis. Ce n’est jamais très facile d’envoyer des candidatures spontanées, mais ça l’est encore moins de demander de l’aide à quelqu’un qu’on connait – pour être juste, je connaissais peu Steevy, mais il savait ma relation avec sa famille.

Voila pourquoi je vous ai si souvent écrit. Je vous disais que celui qui se prétend « danser la vie, chanter la vie et n’être qu’amour » n’est qu’une mascarade dont la gauche devrait se passer !
Si aujourd’hui (et hier) Steevy est si préoccupé des banlieues, pourquoi a-t-il fait jouer son fils lors d’un concert plutôt que de faire bénéficier des jeunes en galère ?
Si c’est l’histoire de Theo qui l’anime et de ce viol à la matraque, alors je me demande s’il a fait quoi que ce soit pour cet étudiant violé pareillement avec une bate de baseball dans un pensionnat (de Bretigny ?) où mon frère a séjourné ? Bien évidemment, selon ma famille, je suis celle qui invente ! (JD Beauvallet les a-t-il (fait) contacté/r ?)

Aujourd’hui, je suis indignée de le lire dans Libération ou de le voir à Salut Les Terriens dire que son père est mort pour la France ou même de clamer sa qualité de pupille de la Nation. Il peut tout simplement dire qu’il est fils de militaire si son message est de revendiquer sa compréhension de l’ordre. A Djibouti, nous n’étions pas en caserne. L’était-il avant ? Je ne saurais dire, mais si c’est le cas, pourquoi dire qu’il y a grandi alors qu’il est arrivé à Djibouti à 11 / 12 ans, en est parti à 13 ans. Après Djibouti, je leur ai rendu visite dans leur maison à Bretigny.

Des enfants de militaire que j’ai connus au hasard de nos voyages, je n’en connais aucun qui a souhaité suivre les traces du père (ou de la mère – perso je n’en ai pas connue). Enfants, nous ne nous en glorifiions jamais. Mieux encore, nous sommes en général devenus des anti-militaires. Pourtant, je suis très reconnaissante d’avoir connu l’ailleurs et de ce fait, d’être très consciente de la dureté parfois d’être Français à l’étranger, un statut trop souvent ignoré par les politiques et les médias.
Cependant, il aurait été indécent de la part de Thierry Ardisson ou de son équipe de vérifier l’info du père mort pour la France.
C’était tout simplement indigeste de voir Steevy répondre par l’affirmative : au nom des siens ; au nom de ceux qui étaient sur place ; au nom de ceux qui étaient sur d’autres territoires ; au nom de l’armée ; au nom de Djibouti !

Si Steevy veut à juste titre une police plus formée et plus de dialogue… Où est-il depuis 11 jours, date à laquelle une fois de plus il s’est montré agressif après lui avoir twitté « a djibouti @SteevyGustave cc @lesterriens nous n'étions pas en caserne, pas de levée de drapeau! ton père mort pour la france? » ? Qui de nous deux salit la mémoire du père ?

Vous voyez Madame Taubira, être Français à l’étranger à quelques mois du vote des présidentielles, ça signifie faire un choix de média pour nous informer. Ceux-ci sont à présent complètement phagocytés par l’affaire Fillon ou Le Pen ! On a du mal à filtrer les programmes des candidats. Si Philippe Poutou a peu de parole dans les médias et même si le projet qu’il représente n’est pas entièrement au point, il est nécessaire de l’écouter, voire que le future président de gauche y inclue certaines de ses revendications.
Son passage à ONPC a été rendu pathétique. Une spectatrice de droite s’est insurgée : « #Honte @VanessaBurggraf on peut ne pas partager les idées de @PhilippePoutou mais pas l'humilier, c'est une femme de droite qui vous le dit! ».
Quelques jours plus tard, le 3 mars 2017, trois jeunes gens de droite étaient invités à Quotidien qui intitulait sa séquence « FillonGate : Ils ont vingt ans, engagés mais déboussolés ». Deux d’entre eux étaient fermes sur leur volonté d’un projet clair et non basé sur un candidat douteux !

Je trouve douteux qu’on accorde autant d’importance à Steevy Gustave. Je ne parle pas ici du petit gars de Djibout’ qu’on surnommait « que d’la gueule », mais de cet homme un peu trop Peter Pan qui dessert à la cause de la gauche : par ses interventions médiatiques ou Facebookiennes ! Il faut défendre un projet / des projets et non se mettre en orbite en mode ego-trip ! La politique ne devrait pas être un terrain de jeu pour régler ses maux psychologiques.

Quand je vous vois ou vous écoute Christiane, vous semblez droite, juste, pleine de bon sens, perspicace. Je vous admire quand dans l’émission culturelle Stupéfiant (8mns55s), vous dites : « … On ne peut pas trouver un seul mot de ma part qui ait pu être un mot de mépris, qui ait pu être un mot de rejet… ».
Je ne peux malheureusement pas me vanter d’une telle sérénité. Je ne regrette pas d’avoir dit ou écrit des choses immondes aux gens qui ont subi ma rage (en espérant toutefois ne pas avoir eu des propos racistes) et mes injures. Ces gens là n’étaient pas victimes d’une provoc’ de ma part, je répondais à leur ingratitude. Mes propos, en privé, sont-ils plus condamnables que les twits publics de Meklat ? Plus abjects que les propos de Siankowski envers ses collègues Inrocks qu’il a virés (« je déconne, sinon on se serait battus pour vous garder ») ou son déni par rapport au jeune Meklat qu’il aurait pu guider / prévenir au lieu de répondre à ce personnage sélectivement raciste ? – Enquête de Stupéfiant qui en dit long sur l’attitude plus que douteuse des Inrocks en générale et de Siankowski en particulier !
On peut tout condamner, mais ne serait-il pas hypocrite de se positionner au dessus telle une divinité et prétendant ne s’être jamais laissé emporter par la colère ?

« … La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir… » Vous avez tort ici ! Les Inrocks se salissent et salissent les autres, les femmes en particulier et je vous renverrai à ma prose pour Loic Prigent pour vous éclairer.

Malgré votre force éblouissante, je me demande si comme moi et tant d’autres femmes, nous ne sommes pas en permanence victimes de manipulations…
Il parait qu’Au Bon Marché, on peut acheter des articles avec les bêtises que les femmes racontent au rayon femmes. C’est chouette, à la fête des Mères, plus de yaourtières mais un miroir sur nous-mêmes, direct sur le mug de café…
« Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »


Monday, 27 February 2017

[Film] I, Daniel Blake by Ken Loach – DVD out on 27 February 2017 / Blu-Ray out 13 February



DVD & BLU-RAY DETAILS
CERT: 15
RUN TIME: 100 mins
RRP: £19.99 / £24.99
EXTRAS:
- Commentary with Director Ken Loach and Writer Paul Laverty
- How To Make a Ken Loach Film featurette
- Deleted Scenes
I, DANIEL BLAKE is available digitally from 13th February 2017 on Blu-ray and DVD from 27th February 2017.

Article in progress

Early 90’s, I was an usher @ The Riverside Studios. Ed Lewis, Cinema Programmer, used to program double bills: films by a same author, same actor or films with common subject matters. As far as I remember, Ken Loach’s films were programmed together.
When I became Ed’s assistant, he taught me the importance of British film makers like Ken Loach, Mike Leigh and others. According to him, they were essential in recording social injustices of our time.

When the Riverside closed for refurbishment, I joined the NFT (now called the BFI) as a cinema member. It is there I bumped into the social film maker a few times. Always by the NFT 1 entrance. Polite and humble. Late 90’s or early 00’s, one night, the NFT 1 invited the man for a talk after a screening. I don’t remember the film’s name but there was conflict between its intensity and an individual kicking my back seat on a regular basis.
At some point, avoiding a scandal, I simply looked at the person in a not so friendly mood, like if-you-don’t-stop-I-might-strangle-you! The back sit kicker was very apologetic and so was his wife and I decided to go (with my eyes) “ok but don’t do it again” until I realised Ken Loach had long legs that needed to express themselves.
I mean... who else can go to a Xmas party and brag about being “ass-kicked” by the twice Palm D’Or winner film director?




Months before Ken Loach won a Palm for I, Daniel Blake in May 2016, I wrote to his film production enquiring whether they would be interested in making a film about the unemployed voluntary scheme set up by the Tories. Ken was actually in post prod on similar subject: the unemployed fate!
I had just received a letter inviting me...

My write-up is coming, but if in urge, buy the DVD, it’s an essential to have. Sorry I have been on this article as soon as Ken’s prod sent me the DVD to review.

Sybille Castelain sybillecastelain@yahoo.co.uk

Thursday, 23 February 2017

[EXHIBITIONS // GAL DEM FEST] Griffin Gallery // Saatchi // Gal Dem [ending between 24 & 28 February – all FREE

Three events to reach out now:

I)
I LOST MY HEART TO A STARSHIP TROOPER starring GLENN BROWN * LUKE CAULFIELD * GORDON CHEUNG * STEPHANE GRAFF * HENRY HUDSON * NICK HORNBY & SINTA TANTRA * WOLFE VON LENKIEWICZ * MARIELE NEUDECKER * GAVIN TURK
Griffin Gallery 21 Evesham Street London W11 4AJ
Ending 24th February 2017

Mariele Neudecker’ 
Gravity Prevents the Atmosphere from Drifting into Outer Space piece

Two days left to rush to Latimer Road Station in West London to the unmissable exhibition I Lost My Heart to a Starship Tropper.
The exhibition examines the importance of appropriation and influence in the practices of twelve contemporary artists.
Curated by London-based art consultant Catherine Loewe, who says: ‘The exhibition’s title comes from the 1978 Hot Gossip song of the same name, and also refers to the artist Glenn Brown, who used the title for one of his paintings, a meticulous rendition of a Rembrandt. Through this appropriation, Brown united something old and almost sacred with something modern, and this, in part, was the genesis of the exhibition. While all of the featured works open up myriad lines of inquiry, from challenging notions of value and authorship to examining modern morality, the show is in essence about the artists’ relationship with the art
historical canon, from Old Masters to the present.
My heart sank for Mariele NeudeckerGravity Prevents the Atmosphere from Drifting into Outer Space piece... “Suspended in a mysterious thick fog trapped in a glass aquarium, like the memory of a long forgotten submerged world... geographical topography with the mysticism of Romanticism...” as well as her still life framed giclée prints on archive paper.

II)
V&A Friday late, not in V&A site.
Friday Late: gal-dem: 24 & 25 February 2017
Friday 24 February; 18.30 – 22.00
Saturday 25 February; 11.00 – 16.00
Please note events are held off-site in Stratford, East London, and not at the V&A in South Kensington Admission free; some events may be ticketed
Viewing music videos

I have been to the previous one and strongly recommend the experience:
This February gal-dem are back again for an expanded Friday Late. In this second collaboration with the V&A, the online magazine, formed of 70 women of colour, share their take on the world through the lens of film making. This V&A Friday Late is taking place in partnership with Stratford Circus Arts Centre, with further events at Stratford Picturehouse and Gerry’s Kitchen on Friday 24th and Saturday 25th February as part of the V&A's programme of events with communities across East London.
Highlights of Friday evening’s event at Stratford Circus Arts Centre will include energetic performances from Ojerime, DJ Shy One and a video performance from Klein. There will be a rolling programme of films themed around the masculinity of black culture with a discussion curated by Crack Stevens (Akinola Davis Junior). Shiamak Davar International will lead a Bollywood dance tutorial followed by a discussion held by Raisa Kabir on the representation of gender in Bollywood cinema.
On Saturday, events will take place across three venues on one square; Stratford Circus Arts Centre, Stratford Picturehouse and Gerry’s Kitchen. At Stratford Circus Arts Centre events will be themed around DIY Feminism with female film collective Sorta Kinda Maybe Yeah running an activity on women in comedy and gal-dem hosting a skills swap workshop. Queer spaces and notions of masculinity are explored at Stratford Picturehouse with a sneak peek screening of 195 Lewis directed by Chanelle Aponte Pearson and queer performance from Travis Alabanza. Gerry’s Kitchen will host a makers market and a videography editing workshop by gal-dem.
About gal-dem: www.gal-dem.com

III)
PAINTERS’ PAINTERS
ARTISTS OF TODAY WHO INSPIRE ARTISTS OF TOMORROW
Ends 28 February 2017

 Martin Maloney
Saplings

Saatchi Gallery presents its new exhibition PAINTERS’ PAINTERS: Artists of today who inspire artists of tomorrow, featuring the work of nine present-day painters ranging from their 30s to their 60s.
In an age where painting has become one strand among many in contemporary art making, Painters’ Painters brings together a small group of distinctive figures in the field.
In recent years, painting has been challenged by the myriad of other modern media and technologies embraced by contemporary art. It is less frequently seen in contemporary museums and galleries today and is seemingly out of favour with many curators.
Painters’ Painters focuses on a group of artists who have been undeterred by the gradual decline in interest in this perennial art form.
There is no discernible style or movement these artists belong to, and as an exhibition, it examines the very individualistic and nonconformist approaches explored by painters who are proving to be inspirational to a younger generation of artists emerging from the world’s leading art schools.
Painters’ Painters features the work of Richard Aldrich, David Brian Smith, Dexter Dalwood, Raffi Kalenderian, Ansel Krut, Martin Maloney, Bjarne Melgaard, Ryan Mosley and David Salle.
Painters’ Painters pays tribute to artists who have forged their own intriguingly diverse paths and techniques and continue to contribute to the ongoing development of painting today. They effectively negotiate the paradox of being both mainstream and niche, homogenous yet highly distinctive at the same time.
Music and pop culture fans shouldn’t miss Raffi KalenderianChelsea Hotel (Room 1) and Dexter DalwoodKurt Cobain’s Greenhouse + Brian Jones’ Swimming Pool (Room 3).
Also the urban reality of women by Martin Maloney (Room 4); Ansel Krut’ mocking spirit... (Room 6); David Brian Smith from his great grandfather snaps, a process reminiscent of Gerhard Richter... (Room 10).

Top floor, my heart sank for Jeni Spota C biblical paintings. Aleksandra Mir is impressive also with her giant newspapers headlines Stock Market.
Bottom floor, my heart sank again for anything Alo. Pure Evil, Marc Quinn’s Stealth Kate (yes Kate Moss), Sku and Alaric Hammond.

Enjoy London.


Sybille Castelain sybillecastelain@yahoo.co.uk

Saturday, 18 February 2017

Dear Loic Prigent, I am not insane, I’m factual... or am I?

About a year ago, I came across your twits! I thought they were a piss take to women. Women in the fashion world. It’s not like you enhance them, is it? Your twits are meant to be funny, but most of them, if not all of them are about women saying “funny” things in the fashion world. It’s pretty perverse, but you got Catherine Deneuve to read them.
I’m more a fan on your documentaries.

The most recent one, 15 Feb 2017, I couldn’t remain silent: “Je ne suis pas folle, je suis factuelle” (I’m not crazy, I’m factual). Basically, a complete unknown woman to twit readers, is saying something that’s worth a twit and it is supposed to be funny.
TBH, I smiled because I recognised myself. But then again, how many women are told they are inventing facts? How many women are actually told they are crazy? How many women spend their time having to prove stuff because men are playing twisted games? Of course, women are too, but let’s say that here, I am focusing on sexual harassment, rape, sexism and misogyny! Most women are affected on the matter. I have been!

[If you speak to Laurent Bon, your boss @ Bangumi, he’ll tell you surely. If he plays shy, I have been sexually harassed @ Les Inrocks, 1991-1992... kept silent until two years ago]

I started my blog, based in London, in March 2013, waiting for a job to come, showing off my abilities in the world of arts. But have I got any abilities? Question drives me crazy at times. Les Inrocks were quick at noticing my blog, Jean Daniel Beauvallet at least.

If you have time to read, this is how much time I have spent writing, proving, being factual, trying to not sink into insanity: Le Diable ecoute The Smiths; bits and pieces here and there on Les Inrocks; Kill Your Friends; Dear Lemon Twigs; Dear George Michael; Dear Carole Boinet; Journalism / Sexism. Everything is about my ex bosses, Les Inrocks!

To cut it short, many of my posts have been used in Les Inrocks posts. But it’s only coincidences, innit? I’m just crazy, right?
To cut it even shorter (so you don’t have to read all my posts on Les Inrocks... or Les Inrocks rewriting my posts), I wondered why my post on David Hockney documentary Hockney (written in Nov 2014) and my post on Conflict Time Photography @ Tate Modern (written in Dec 2014) were intensely read, in French (I have English versions of them) in France, UK and US in June and July 2016... Fleur Burlet of Les Inrocks AKA Fleur Fleurette on Instagram met David Hockney in July 2016!
In my July 2016 section on “bits and pieces” (see above) I made a polite reference to it. If she interviewed Hockney for her Please mag, special on Los Angeles or California, the interview didn’t appear in its autumn issue. But late August early September 2016, again, my two posts were intensely read in France and UK. Did she try to publish it elsewhere? Did she ask him questions according to what she read on my posts?
Da bitch is now 25, I could be her mother, although the best thing I’ve done in my life is to be childless. I would have put organic weed in their milk bottle to boost their immune system, probably with a soupçon of vodka. I can’t believe I have to deal with that cretin of a human being!

Because London is so small, Les Inrocks keep walking on my footsteps. I do Somerset House, they do it, I do V&A, they do it, I do Tate, they do it, I do Alexander McQueen, they do it. How often, pre 2013 have they written about these places? When did they have a front cover on McQueen or any fashion designers? We are fucking talking McQueen here, a giant, a visionnaire, a “social worker”! He was alive once. Why an interest so suddenly?
I have done The Vulgar Fashion Redefined @ Barbican... they just did too!

I have just written on Hockney @ Tate, they have just done it too. I talked Rembrandt, quick click of photography... ways of looking (David Hockney documentary Hockney; Conflict Time Photography @ Tate Modern; Hockney @ Tate Modern), Thomas Andrei of Les Inrocks has just written about it, same photos too... and he doesn’t understand what I’m talking about! Really? Does the fucker know that this very exhibition is travelling to Paris in a few months time? Was it necessary to puke his lame prose on it?

The very same guy who has just twittly befriended Alice Gros @ Fire records (herself a friend with the guy who harassed me at Les Inrocks... and strangely enough I can’t write on Fire Records artists! Only time to write on Las Kellies - the Argentinian ladies loved my post!

What do you think Loic, friend (or at least twit friend) with Les Inrocks journalist Jean-Marie Durand? Am I crazy, Am I factual? What do you suggest?
Any jobs at Bangumi / Stupefiant / Quotidien? I must be good at something if Les Inrocks keep using my posts! They make money out of an unemployed person! Class innit?

As Eric et Quentin would say “J’attends vos réactions!”

Sybille Castelain sybillecastelain@yahoo.co.uk

PS: on 3 February 2017, I twitted on Nina Simone. On 13 February 2017, you started your prog with the exact excerpt. Coincidence or you are in love with me? How long before I go total nuts?
But you don’t care for music, do you...Hallelujah, Leonard Cohen.

[UPDATE] 19 Feb: tomorrow, on Stupéfiant, you will talk about feminine pleasure... Really looking forward to it! Your mate on the prog will be talking on Andy Warhol... Maybe I’m paranoid, but my December 2015 post on semi-him has been read sporadically in the past few weeks / months!

Since I’m at it, being paranoid, I wonder why Fleur Burlet of Les Inrocks keeps reading my posts? Why she is constantly in Clapton or Hackney, where I live: 17 February; a week ago; 12 February; and so bloody on! London, comment dire... is vast, big, huge, enormous, ranks 13 on population in the world against Paris, 42... Well, if that makes her happy... cheap!

Since I am at it and you seem to be friend with Les Inrocks, why do they have to hide me on a 90’s picture to celebrate their 80’s start... when they had a picture of it? Will you agree they are a bit... sexists / misogynists / mentally harassing?

Oh well, I’m still at something... what do you think of Agathe Auproux of Les Inrocks writing about George Michael’s death, using one of my twit, when she probs doesn’t give a flying fuck about him? Then criticising a male boxer... and posing herself in similar “sexy” narcissus “strikes”?

Oh and Christophe Conte of Les Inrocks who’s been wondering why... Cos he’s got nothing to do with it... Well, he has! And so have all of them @ Les Inrocks and people supporting them... They have a voice to make this insanity stop, do something about it! But you know what? They make money out of it!

Friday, 10 February 2017

[EXPOSITION] DAVID HOCKNEY 9 février – 29 mai 2017 @ Tate Britain


Portrait of an Artist (Pool with Two Figures)
1972
Acrylic paint on canvas
2140 x 3048 mm
Lewis Collection
© David Hockney
Photo Credit: Art Gallery of New South Wales / Jenni Carter


English version, click here

« Ce qui m’intéresse, ce sont les différentes façons de regarder et comment y penser de manière simple. Si vous arrivez à communiquer ça, alors les gens réagiront. Tout le monde sait regarder. La question est de savoir s’ils sont prêts à regarder activement. » David Hockney

En 1979, David Hockney écrivait : « L’art n’est ni une activité de luxe ni un repli sur soi. Il exerce une influence profonde sur les aspects de nos vies, à la fois de manière direct – en ce qui concerne l’architecture ou le design – et indirecte dans notre façon de réagir au monde qui nous entoure… Si seulement les fabricants de motos étaient allés voir des expos dans les années 60, ils auraient peut-être eu l’idée de mettre plus de chrome sur les réservoirs, voire de peindre les roues en rouge, jaune ou bleu… Ils ne se seraient pas retrouvés à la traine derrière les Japonais, qui eux, semble-t-il, prenaient l’art beaucoup plus au sérieux »

Une quinzaine d’années plus tard, David Attenborough fera écho au peintre comme si on devait rappeler à l’élite que l’art ne doit pas exclure : « … Les arts ne sont pas un luxe. Ils sont tout autant cruciaux à notre bien-être, à notre existence que manger ou respirer. Son accès ne doit pas être réservé aux quelques privilégiés. Ils ne sont pas le terrain de jeu de l’intelligentsia. Les arts sont pour tout le monde, et cette négligence de ne pas y inclure chaque individu nous porte à tous préjudice »

Bien évidemment, dans le premier exemple, Hockney s’adresse en particulier aux institutions artistiques dont le devoir est de collectionner les œuvres d’art, mais plus généralement, il rappelle que l’art doit être accessible à tous les milieux sociaux afin qu’ils puissent voir des expos dans les musées et galeries. Pour que le monde soit meilleur, pour nous aider à changer notre vision de celui-ci… et pourquoi pas… changer le monde, ou du moins y participer ! Hockney dit en fait dans le documentaire éponyme : « Je crois vraiment que la peinture peut changer le monde »

Tate Britain vient d’ouvrir ses portes à la plus ample rétrospective au monde afin de  présenter le travail de l’icône national, David Hockney.
N’étant pas une aficionada originelle de son travail, comme je l’expliquais dans le billet sur son documentaire, je donnerai ici mes impressions sur l’obsession du maitre quant aux façons de regarder et comment pour la toute première fois de ma vie, je me suis approchée comme un animal sauvage de son œuvre de 1967 A Bigger Splash : face à sa taille réelle plutôt que ces imprimés « miniatures » que je trouvais dans les salles d’attente de médecins. Ma manière de voir sur sa manière de voir… J’ai encore tant à apprendre !

Le premier souvenir de ce vétéran de la cigarette est celui de sa mère hurlant. Il avait deux ans quand la Seconde Guerre éclatait et venait de fêter ses trois ans quand une bombe tombait dans sa ville, surnommée à l’époque dans la presse locale ‘la ville du Nord Est’. Le future artiste se souvient qu’elle et ses trois autres enfants avaient paniqué lorsque le seul et unique explosif s’était abattu dans les rues étroites de Bradford un certain samedi 31 août 1940. Son tout premier souvenir, une perspective de clarté.

Alors que l’expo se déroule chronologiquement, la salle ouvrant le bal ‘Within Play’ rassemble un mix de son travail évolutif. ‘Demonstrations of versality’ montre sa période du début, à la naissance des 60’s : des peintures abstraites soufflées de pop-art, une vision in-situ du monde entourant le jeune artiste. Même si Wikipédia présente Hockney comme photographe, entre autre, le blond platine à la coupe au bol ne rate jamais une occasion pour ‘égratigner’ le medium, victime de ses restrictions… que Ansel Adams confirme quant à l’art abstrait « au stricte sens du terme, la photographie ne peut pas être abstraite puisque l’appareil photo est incapable de ‘synthetic integration »

Dans la quatrième salle ‘Sunbathe’, je me confrontais à la fois à mes angoisses et à ma joie. Il fallait me réconcilier à mon enfance et adolescence que je passais dans les salles d’attente de médecins. Je souffrais de sinusite chronique et malgré la tonne de médicaments, je restais invariablement malade, manquant de sommeil puisqu’aucun traitement ne fonctionnait. Toutes ces salles d’attentes semblaient avoir un amour commun pour A Bigger Splash... Je développais alors une aversion sévère pour cette image.
Pourtant, elle a dû oblitérer mon subconscient de façon indélébile pour l’avoir trop regardée involontairement. Lors de ma première escapade à Brighton au début des 90’s, je me suis trouvée comme hypnotisée à un endroit précis du bord de mer. J’y prenais des photos sous tous les angles dont une particulière (ci-dessous) que je tirais en chambre noire. Elle m’avait permise de trouver un job comme assistante photo.
Depuis deux décennies, j’avais complètement oublié l’existence de ce tirage jusqu’en ce jour de 6 février 2017 où je faisais face à mon souvenir de la maladie… A Bigger Splash jaillissait, grandeur nature !
Il faut entrer dans ces deux images par un ponton en érection se finissant par un liquide séminal.


A Bigger Splash
1967
© David Hockney



Brighton, early 90's
© Sybille Castelain

Je contemplais ce tableau dans une joie contenue (il y avait beaucoup de gens et je n’ai pas osé sauter en l’air). C’était comme une libération de le regarder, de m’abandonner en l’observant, en le fixant. La maladie m’avait quittée depuis quelques décennies (merci la médecine naturelle), mais j’avais entretenu un dégout pour cette peinture. Grâce à un regard nouveau posé sur celle-ci, j’y appréciais cette finesse d’esprit et son travail sans relâche : Hockney a mis sept jours pour achever l’éclaboussure en utilisant des pinceaux de toutes tailles.

La salle ‘Sunbathe’ accueille d’autres piscines (Sunbather, Peter Getting Out of Nick’s Pool) ainsi que, étonnamment, Medical Building... des peintures réalisées dans la deuxième partie des 60’s.

Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), peint en 1972, se trouve dans la longue salle ‘Towards Naturalism’, dédiée aux couples posant à l’intérieur ou à l’extérieur, comprenant Mr & Mrs Clark & Percy et My Parents parmi tant d’autres.

La piscine avec les deux silhouettes, l’homme debout étant Peter Schlesinger – la première véritable romance de Hockney de 1966 à 1971, est un tableau plutôt intrigant : une ligne verticale sans expression apparente fixant une ligne horizontale déformée alors que les lignes de la piscine divisent l’image. L’arrière plan, fait de collines aux nuances vertes, scintille.

Ces peintures, pour la plupart réalisées dans les 70’s, explorent de façon approfondie, la relation entre les locations (nature, lieu d’habitation) et les figures humaines. A cette époque, le maitre peintre, parcourant vraisemblablement des émotions intenses dues à sa rupture, utilisait les lignes, les ombres, les lumières pour définir l’espace, parfois à contre-jour comme Contre-Jour in the French Style (1974) ou encore Ossie Clark et sa femme Celia Birtwell, ce couple hype du monde de la mode des swinging 60's.

A la fin des années 60, celui qui clame avoir grandi à Bradford et à Hollywood (parce qu’il adorait aller au cinéma) s’achète un appareil photo et s’initie à de nouveaux horizons dans la composition d’images. Outil qui le frustre pour ne pas capturer ce que l’œil voit.
Pendant les années 70, il découvre de nouveaux territoires visuels puisqu’il conçoit la scène d’un opéra. Cette expérience l’embarque dans une vision créative à trois dimensions sur un espace donné.

Dans la salle ‘A Bigger Photography’, on y voit les études sur le cubisme de Hockney et sa manière de prendre des photos tridimensionnelles pour les ‘traduire’ en deux dimensions. Ses Polaroids et collages ont principalement été pris en 1982. Au lieu de regarder d’un point de vue unique, nous observons des points de perspectives variées. L’effet de distorsion de l’espace et des corps ne dénature aucunement notre compréhension de ce que à quoi la réalité de l’instant ressemblait. En ce qui concerne Pearblossom Hwy – 11-18 April 1986 (que l’on retrouve à l’intérieur d’une peinture récente The Card Players, 2015), on est plongé dans un voyage fantastique du comment regarder un lieu a priori inconnu et le réajuster intérieurement… une autre perspective de clarté !

La pièce que je préfère de l’exposition est absolument celle des ‘Four Season’ : filmé à Woldgate Woods (Nord Est de l’Angleterre) pendant l’été, l’automne et l’hiver 2010, et le printemps 2011, il s’agit de 36 vidéos digitales synchronisées et présentées sur 36 écrans de 140 cm. Chaque écran est indépendant des autres et a sa manière propre d’évoluer proposant un léger effet de déséquilibre. C’est poétique, enchanteur et immersif.

L’icône culturelle Britannique peut tout à fait penser que l’appareil photo homogénéise le monde et empêche de regarder avec ferveur, mais j’ai eu du mal à rester dans les salles  ‘Experience of Space’ et ‘Experience of Place’. Les couleurs du fauvisme, les perspectives multiples et les formes trop abstraites me paraissent beaucoup trop agressives. A part les paysages au fusain, je n’ai pas su fixer les autres toiles.
La salle suivante ‘The Wolds’ offrait heureusement un répit à l’œil, une sensation de calme. Les paysages anglais sont décidément mystérieux… agréablement mystérieux.

Pour clore le parcours, une salle dédiée aux nouvelles technologies dont le maitre dit « Récemment, la technologie a ouvert les possibilités de nouvelles images, des images beaucoup plus intéressantes à regarder que celles à partir des vieux appareils photos et leurs perspectives fixes. Un autre genre de narratives va certainement émerger avec ces avancées, de la même envergure que les cameras pour filmer il y a 90 ans. L’image de la TV ne peut pas être inerte éternellement. »

Le 9 juillet prochain, David Hockney célébrera son 80ème printemps. Un vieil homme aux yeux d’enfant.


Je suis très reconnaissante d’être invitée à certaines avant-premières de la Tate, mais je suis très triste de savoir que les gens aux revenus minimums ne pourront pas se payer le ticket le moins cher à 15 Livres ! Avec le plafond du Benefit Cap ayant sonné le glas, il faut s’attendre à trouver de plus en plus de gens à la rue : un minimum de 50 Livres en moins par mois pour payer le loyer. (Je me demande du coup si la Tate va me garder sur sa liste pour avoir écrit ce que je pense…)


Sybille Castelain sybillecastelain@yahoo.co.uk